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Le Hockey sur glace : la prévention des commotions chez les enfants et les adolescents

La pratique du hockey sur glace chez les enfants et les adolescents préoccupe les autorités québécoises. Ces dernières expérimentent différentes mesures afin d’assurer la sécurité des jeunes joueurs et diminuer le risque de commotions cérébrales.

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Lucie Luneau, étudiante en doctorat au laboratoire du Dr. John Kalaska, Groupe de recherche sur le système nerveux central (GRSNC)

Pour accroître les mesures de prévention des incidents, le ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a fait appel à différents spécialistes du sujet dans le but d’orienter judicieusement leurs décisions. L'inquiétude autour du hockey est justifiée : une étude réalisée aux États-Unis par la National Collegiate Athletic Association en 2015 (NCAA, une association sportive américaine qui organise les programmes sportifs de nombreuses universités), sur un échantillon de 1600 jeunes sportifs, classe le hockey parmi les sports engendrant le plus de commotions (7.5 pour 1000 expositions [entrainement ou match] chez les femmes et 7.9 pour 1000 chez les hommes).

La prévention des commotions dans la pratique du hockey au Québec

Une des mesures de prévention des commotions prise par les autorités a été l’interdiction de comportement à risque chez les joueurs les plus jeunes. En effet, le Québec a été la première province canadienne à interdire la mise en échec dans les Pee — Wee (11-12 ans) ainsi que pour les plus basses catégories des Bantam (13-14 ans) et des Midget (15 — 17 ans) en mars 2015. La mise en échec est une technique défensive qui consiste à bousculer l’adversaire pour le gêner ou lui faire perdre la rondelle. Ce geste est souvent désigné comme responsable de nombreuses blessures. Cette volonté de fermeté se heurte souvent aux croyances populaires : certains pensent que l’apprentissage des mises en échec à un jeune âge permet de mieux exécuter cette technique et de diminuer le risque de commotions cérébrales. Une étude du professeur Carolyn Emery à l’université de Calgary a démontré le contraire, la permission d’appliquer des mises en échec à un jeune âge augmente le risque de blessures et contribue à une augmentation de l’agressivité chez les joueurs. Pendant la saison 2014-2015, 10 à 20 % des jeunes hockeyeurs dans les ligues canadiennes qui permettent les mises en échec (pour les 13 à 17 ans) ont subi au moins une commotion cérébrale.

Des efforts restent à faire Un groupe de travail, regroupant des spécialistes du droit, de la santé et du sport, a remis un rapport sur les commotions cérébrales en mars 2015 au ministère l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Dans cet écrit, les experts démontent quelques mythes qui entourent les commotions. Par exemple: le rôle du protecteur buccal. « Plusieurs soutiennent qu’en plus de réduire le risque de blessures à la bouche et aux dents, le protecteur buccal peut contribuer à prévenir les commotions cérébrales. […] Les recherches ayant fait preuve de rigueur scientifique n’ont pas trouvé que le protecteur buccal diminue le risque de commotions cérébrales et la gravité de celles-ci, et ce, qu’il s’agisse des modèles dits “conventionnels” vendus en grande surface ou de ceux qui sont faits sur mesure ». Les auteurs mettent également en doute la pertinence de tests cognitifs informatisés, utilisés par certaines équipes à la suite d’une commotion pour détecter d’éventuelles séquelles neurologiques. Ils rejettent également l’utilisation d’appareils détecteurs d’impacts portés sur la tête; car la validité scientifique de ces deux outils n’ayant jamais été clairement montrée. Les auteurs recommandent aux fédérations sportives d’avoir une politique de tolérance zéro en adoptant « des sanctions sportives suffisamment sévères pour décourager toute personne de poser des gestes pouvant mettre en péril la santé et la sécurité de ses coéquipiers ou adversaires ». En effet, une étude menée sur une saison auprès de 1 437 joueurs de hockey juniors a démontré qu’un tiers des blessures étaient le résultat d’un acte illégal. Ce rapport préconise aussi la création d’une formation spécifique pour sensibiliser les entraineurs et le personnel encadrant aux dangers liés aux commotions. Les experts conseillent de développer l’information offerte aux parents et aux joueurs eux même pour mieux détecter les symptômes et mieux prendre en charge la guérison des commotions.

Qu’est-ce qu’une commotion cérébrale ? Quoi faire quand cela arrive ?

Une commotion cérébrale peut être causée par un coup direct ou indirect au corps, au cou ou à la tête. La tête fait un mouvement de va et vient et certaines parties du cerveau sont endommagé par un choc contre les parois rigides du crâne. La commotion peut être accompagnée par une perte de connaissance, mais généralement ce n’est pas le cas. Le blessé ressent différents symptômes allant de l’étourdissement aux maux de tête, en passant par une confusion, un délai avant de répondre aux questions. Tout joueur sur lequel pèse un soupçon de commotion doit être immédiatement sorti du jeu et l’apparition de symptômes doit être surveillée pour une période d’au moins 48 heures. Au moindre signe, le joueur doit être vu par un médecin. Les commotions ne sont pas toujours détectées, car certains joueurs craignent d’être mis sur la touche ou de décevoir l’équipe, où même ne ressentent pas la gravité des symptômes. C’est au personnel encadrant et aux parents d’être vigilants et d’aller consulter un médecin en cas de doute.

Quel traitement ?

Du repos, du repos et encore du repos ! Pas d’activité physique (pas d’entrainement, pas de musculation) et du repos intellectuel (limiter le temps passé à regarder des écrans). Le retour à l’entrainement doit être progressif. La personne qui a subi une commotion cérébrale peut demeurer plus vulnérable au traumatisme, même léger. Un retour prématuré à l’entrainement, avant la disparition complète des symptômes, peut prolonger ou aggraver ces derniers.

Information sur les bons gestes en cas de commotion : http://www.cmsq.info/brochures/securite_integri...rebrale.pdf

Rapport du groupe de travail sur les commotions cérébrales : http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/SLS/promotion_securite/rapport_commotions.pdf

Information sur l’interdiction de la mise en échec : http://www.hockey.qc.ca/fr/publication/nouvelle...5-2016.html